A HISTORY OF VIOLENCE

Un beau hold-up mental en cours dans le 20 heures de France 2 suite à la mort d’une adolescente de 13 ans devant son école:

Présenté comme une sujet d’analyse et de fond, le reportage est un véritable tour de passe-passe. On commence par vous expliquer que de toute façon, ce sont les ados qui sont de plus en plus violents. Explication-réflexe, qui permet d’oblitérer d’emblée les autres pistes possibles, au profit d’une explication tautologique  (il y a des agressions car les ados sont agressifs) soutenue par un semi-remorque de bidules pseudo-scientifiques: deux graphiques montrent sans réfutation possible que les ados sont deux fois plus violents qu’avant.

On pourrait penser que cette montée de la violence résulte en partie de paramètres sociaux et politiques (chômage des parents, déstructuration de l’environnement social, diminution de l’encadrement adulte), mais non ! heureusement, on se fait enchaîner directement par un psychologue qui nous explique qu’en somme, c’est comme ça les ados, “les études sont dures”, il y a de la pression, ils deviennent violents.

La violence des ados étant admise comme un fait de nature, le téléspectateur peut très bien se dire: “on les connait les jeunes, alors que font les adultes depuis le temps ?” Le reportage ne peut finalement pas esquiver la responsabilité des adultes. Mais t’inquiète: les adultes resteront le plus vague possible, on en parlera en bloc, comme une entité abstraite et apolitique, avec un sociologue qui nous explique que le projet du monde éducatif est en échec. Voila pour les adultes.

Il manquait encore à cette présentation de la violence un des traits propres au fait de nature: sa constance et son omniprésence. Aussi une dernière diapo power-point nous pose-t-elle une question inepte: “la violence est-elle omniprésente ?” Et là, devant Hélène Boucher à Paris, si si, quelques ados nous confirment qu’il y a régulièrement des embrouilles.

Après ce reportage, on enchaine avec un sujet idéal pour ceux qui auraient encore des doutes: Sarkozy a annoncé aujourd’hui un moratoire sur les fermetures de classe dans le primaire pour la rentrée 2012. Sarkozy est présenté comme faisant amende honorable, “il a revu sa copie” et on peut presque parler d’un “virage” dans la politique éducative du gouvernement. Les dégâts causés dans l’éducation par ce massacre comptable ne sont pas évoqués. Donc on change de politique, mais n’allez pas penser que c’est à cause de la précédente.

De toute façon, un expert nous montre enfin un graphique qui prouve que le taux d’encadrement des élèves a augmenté depuis la droite.

Belle opération mains-propres pour le gouvernement. Je ne dis pas que lui ou sa politique soient responsables de ce fait-divers. Mais Sarkozy a tellement pris l’habitude de politiser les faits-divers depuis 10 ans qu’il faut désormais, à chaque fait divers, exonérer les politiques de leurs responsabilités (réelles ou supposées).  C’est ce que fait admirablement bien ce petit reportage de france 2 qui est un modèle du genre.

Aucune démonstration n’est produite, c’est un pur exercice de style destiné à produire une explication tautologique bouche-trou qui satisfasse les réflexes audiovisuels: d’un côté la télé qui a besoin d’une justification noble à son exhibition obscène, de l’autre, le téléspectateur content de savoir qu’il ne perd pas son temps avec un banal fait-divers, mais qu’il s’informe en fait avec finesse sur l’état de la société. Au final, le fait-divers se retrouve sociologisé à l’hélium, tandis que l’éventuelle politisation du sujet, parce qu’elle serait négative pour le gouvernement, est neutralisée par un discours de comptoir, fataliste et psychologisant. Un beau gâchis, dans une veine dont la télé a le secret.

LE COUP DU CHAPEAU, OU COMMENT GÉNÉRALISER LA RETRAITE PAR CAPITALISATION DANS LES ENTREPRISES

L’obligation faite aux salariés de capitaliser un complément à leur retraite est entrée cet après-midi dans les entreprises françaises. Et par la grande porte. Une entreprise a désormais l’obligation d’affilier l’ensemble de ses salariés à un produit d’épargne retraite si elle accorde par ailleurs à ses cadres… des retraites chapeau.

LA RETRAITE-CHAPEAU POUR LES UNS, LA CAPITALISATION POUR TOUS

L’article 32 quinquies du projet de loi portant réforme des retraites stipule qu’un employeur ne pourra proposer un “régime de retraite supplémentaire à prestations définies” à certains employés, que “si l’ensemble des salariés bénéficie d’un plan d’épargne pour la retraite collectif  (PERCO)” ou “d’un contrat d’épargne retraite”. Une entreprise ne peut offrir de retraites-chapeau à ses cadres qu’à condition de faire contracter à ses salariés un produit d’épargne retraite. Les entreprises proposant déjà des retraites-chapeau ont jusqu’au 31 décembre 2012 pour se conformer à cette obligation.

VERS UN BASCULEMENT MASSIF EN FAVEUR DE LA CAPITALISATION

Voté au Sénat cet après-midi, cet article crée l’obligation de souscrire à un plan d’épargne retraite. Pour combien de salariés au juste ? Difficile à dire: le gouvernement admet qu’il “existe jusqu’ici très peu de données statistiques sur les régimes de retraite à prestations définies.” L’arbre médiatique des chèques les plus scandaleux cache environ 89.000 retraités déjà bénéficiaires de rentes, et la présence de retraites-chapeau dans quelques 10.500 établissements. Il faudra peut-être se contenter de ces chiffres pour estimer le nombre de salariés que la loi oblige mécaniquement de contracter une épargne  retraite. Les retraites chapeau fournissent cependant une base numérique non négligeable à la diffusion, automatisée par la loi, de la capitalisation comme complément aux pensions.

LES RETRAITES CHAPEAU SONT LE CHEVAL DE TROIE DE LA CAPITALISATION DES RETRAITES DANS LES ENTREPRISES

En effet, deux éléments propres aux retraites chapeau seront pérennisés et généralisés par la loi: le rôle des assurances et la défiscalisation de l’épargne.

Lorsqu’un employeur veut offrir une retraite chapeau, il institue un fond dont la gestion est externalisée: l’argent est détenu et géré par des compagnies d’assurance ou des mutuelles. Déjà partenaires de l’entreprise pour ces fonds, les compagnies d’assurances prendront tout naturellement en charge l’épargne retraite de l’ensemble des salariés, dont la création est exigée par l’article 32. En plus des cotisations de l’employeur, elles disposent ainsi de l’épargne salariale: autant de jetons en plus pour spéculer au casino des produits financiers.

D’autre part, les sommes cotisées au titre des retraites chapeau bénéficient d’exemptions fiscales. Elles sont ironiquement exonérées des contributions pour le remboursement de la dette (Art. L137-11, IV, du Code de la Sécu). Il serait injuste, voir inique, que l’épargne retraite des salariés ne bénéficie pas à son tour d’une défiscalisation. Et le sénateur J. Muller (les Verts) de demander au Ministre du travail le coût pour la collectivité de cette “défiscalisation des plans d’épargne retraite” (pas de réponse à ce jour).

On peut ajouter que cette promotion de la retraite par capitalisation intervient alors que la retraite par répartition est durement affaiblie par les mesures d’âge. Que si tous cotisent, tous ne peuvent pas épargner. Que l’épargne n’est pas garantie contre l’inflation. Qu’on légitime, avec les retraites chapeau, de très forts écarts de revenu au moment où ils cessent d’être justifiés par la valeur professionnelle. Que l’article 32 dirige mécaniquement vers les compagnies d’assurances et donc vers la spéculation, une masse monétaire perdue pour la consommation et l’investissement.

L’essentiel reste que la loi sur la réforme des retraites initie un glissement significatif en faveur de la capitalisation, à travers l’obligation de contracter un produit d’épargne pour une quantité de salariés non définie, mais non négligeable. Le sauvetage du système par répartition  n’est pas la priorité de ce projet de loi.

POUR CONTINUER: Un article de Politis.fr restitue l’évolution des fonds de pension en France depuis 1994, marché dont Guillaume Sarkozy souhaite prendre des parts importantes grace à cette loi et via  des partenariats taillés sur mesure.

La stratégie du malade imaginaire

Le pain, la terre, les pommes, font partie de notre identité française.” Cette brillante contribution d’Eric Raoult au débat sur l’identité nationale témoigne des ambitions d’un gouvernement de droite: assurer le racolage envers les électeurs frontistes. Plus largement, l‘idée d’un débat identitaire en période de crise n’est pas nouvelle: faire passer les problèmes économiques et sociaux pour des douleurs identitaires et morales est un classique de la droite française. La manière dont est organisé ce débat témoigne cependant des nouveautés apportées par Nicolas Sarkozy et son équipe: un mépris de la république, de l’identité nationale, et de la responsabilité politique.

Mépris des pulsations démocratiques de la vie politique. La Ve république offre des cadres pertinents pour les débats de ce type: la campagne présidentielle, le débat parlementaire, le référendum. Ces trois options garantissent la forme démocratique du débat. Elles permettent un dialogue responsable entre candidats, président, ministres, parlementaires et l’ensemble de la nation. Elles obligent à parler un langage précis, orienté vers l’action politique, justifié par des arguments. Que nous offre-t-on ici ? Un dialogue arbitraire et démocratiquement appauvri: le gouvernement impose un galimatias sans justifier sa démarche, sans clarifier son programme, sans se préoccuper d’insérer son action dans les rythmes de la vie politique républicaine.

Mépris de l’identité nationale. S’agit-il de jeter ce thème en pâture dans un débat informe et irresponsable ? De raconter à ce sujet tout et n’importe quoi ? Le candidat Sarkozy a donné l’exemple de cette attitude à Caen en mars 2007, en accumulant au sujet de l’identité française les références les plus contradictoires, du catéchisme républicain (“la France c’est la République”), au  nationalisme anti-dreyfusard (“la France traverse une crise morale. Le dénigrement de la nation est au cœur de cette crise”). S’agit-il d’une remise en cause de la conception citoyenne et ouverte de la nationalité, notre synthèse la plus originale et la plus précieuse, patiemment élaborée depuis 1789 ? Le président Sarkozy en prend le chemin lorsqu’il déclare récemment vouloir prendre en compte les “cris du peuple” menacé dans son identité (par l’immigration).

Mépris de la responsabilité politique. A travers cette caricature de démocratie participative, le gouvernement passe artificiellement la main à une opinion publique liquéfiée. En proposant l’équation “démocratie = micro-trottoir”, il renonce à formuler des projets précis comme base de débat. D’autre part, il transforme des problèmes politiques réels en un mal étrange et inconnu, qu’il faudrait ausculter: le Dr. Besson tend son stéthoscope pour vérifier les pulsations d’une identité prétendument malade, et organise une thérapie de groupe sur son site dédié. Le gouvernement se déclare irresponsable: sa politique n’est pas mauvaise, c’est la société française qui est malade. Il faut nous faire soigner.

A malade imaginaire, point de remède, mais pléthore de médecins. L’identité nationale alourdira peut-être les prochaines élections, de l’homéopathie républicaine au traitement de choc. Espérons que la somatisation ne prenne pas, et que les citoyens se désintéressent de ce débat. Nous l’oublierons comme nous avons oublié les précédentes incitations démagogiques du gouvernement. Notre maladie est peut-être cette amnésie chronique, qui permet à l’exécutif de nous imputer - à nous tous et pas seulement aux immigrés - la responsabilité de ses échecs.

Société Maréchal

Mais pourquoi des clients de la Caisse d’Epargne reçoivent-ils un courrier leur demandant de fournir des documents que leur banque possède depuis des lustres ?

G. est à la Caisse d’Epargne depuis 1972. Une lettre de sa banque lui demande récemment de “se munir, lors de son prochain rendez-vous” d’une pièce d’identité, d’un justificatif de domicile” etc, “afin d’actualiser [son] dossier”.  Le dossier de G. est  à jour, et pour cause: sa banque enregistre une copie de sa C.N.I. à chaque fois que sa cliente encaisse un chèque.

Un petit détail: le courrier mentionne “le titre de séjour en cours de validité” parmi les pièces éventuellement attendues par la banque. La loi du 29 juillet 1998 de lutte contre les exclusions (article 137) est pourtant très claire: le titre de séjour ne fait en aucun cas partie des documents exigibles par une banque. Il n’est pas nécessaire d’être en situation régulière de séjour pour ouvrir un compte ou réaliser une opération bancaire. Un passeport doit suffire à la banque, qui n’a pas vocation à contrôler le séjour de ses clients.

Une hypothèse d’explicationpour ce courrier: la banque voudrait contrôler la régularité de ses clients immigrés. Pour éviter toute accusation de discrimination, il lui faudrait envoyer la demande de pièces également à ses clients de nationalité française. D’où le courrier absurde reçu par G. et bien d’autres.

Une chasse aux sans-papiers très fréquente. On peut reprocher à cette hypothèse son mauvais esprit. Cependant, de nombreuses agences demandent un titre de séjour valide à ses clients immigrés, souvent par ignorance de la loi. Présent dans certaines agences, l’automatisme consistant à demander des titres de séjour trahit tout de même l’existence, chez certains bons Français, d’une sorte de devoir inconscient de lutte contre l’immigration clandestine. Dans les cas de fraude, certaines agences préfèrent enfin  la délation à la simple fermeture du compte incriminé.

En 2000, une circulaire interne de La Poste, exigeant des usagers de nationalité étrangère la production d’un titre de séjour ou d’un passeport  avec visa, avait fait l’objet d’une question à l’Assemblée. Le ministre avait désapprouvé la Poste, puisque les documents demandés servent “à vérifier la régularité de la présence  des personnes sur le sol français, vérification qui n’incombe pas aux agents de La Poste“. Enfin, la condamnation en 2005 de la Banque de France (elle avait refusé de désigner un établissement bancaire à un usager dépourvu de titre de séjour) montre les difficultés rencontrées par la loi pour s’imposer à des personnels zélés.

Sans rapport, mais je ne résiste pas au désir de vous communiquer ce slogan du ministère de l’identité nationale:
“Un étranger qui doit être éloigné a toujours le choix entre le retour volontaire et le retour forcé”

L’école « pour honnête homme »

PetainEpinal-2 “L’honnête homme est un homme mêlé.” Erasme.

“L’Ecole est le prolongement de la famille. Elle doit faire comprendre à l’homme le bienfait de l’ordre humain qui l’encadre et le soutien.

“Elle doit le rendre sensible à la beauté, à la grandeur, à la continuité de la patrie.

“Elle doit lui enseigner le respect des croyances religieuses, et en marticulier de celles que la France professe depuis les origines de son existence nationale.”

Pétain, “Principes de la communauté”, in La nouvelle France, Fasquelle éd., 1941.

Un regard sur l’Egypte

D’accord, mon dernier article date du déluge et je n’écris plus rien. Cela dit, y’en a qui bossent: Meet my friend “El Nessim, un regard sur l’Egypte”.

Photo Nina Hubinet

Parmi les multiples mérites de ce blog, disons simplement que la plume est tenue par Nina, de nationalité méditerranéenne, amie et journaliste pro correspondante au Caire. Donc tu as la qualité de l’info qui prend son temps, un regard direct et distancé, une analyse engagée qui fait l’économie des préjugés et des leçons de civilisation par lesquelles on aborde souvent l’Egypte. Bon voyage !

Photo Nina Hubinet

Que mille leurres s’épanouissent

Ça y est elle est là, elle est arrivée: La Crise. La preuve, François Fillon (Premier ministre, NDLR) a annoncé son plan de relance économique.

Je suis soulagé par l’arrivée de la crise. Maintenant qu’elle est là, tout s’explique: Les clochards de plus en plus nombreux, le hôpitaux qui saturent, les vieux qui vendent leurs derniers vêtements, la justice qu’on défait, l’éducation condamnée.

C’est la crise, voilà tout ! Mais je suis rassuré par les mesures prises par le gouvernement. On a réagi avec promptitude là-haut. Mille projets. Un conte de fées. L’activisme gouvernemental, déployé dans mille directions, résoudra sans aucun doute les turbulences récemment apparues avec la crise: le chômage des jeunes, les discrimination à l’embauche, la pauvreté qui depuis neuf ans ne régresse plus, un éducateur spécialisé pour 10.000 ados, les prisons qui croulent où les gens se suicident, 3,5 millions de personnes sans logement décent, les hôpitaux endettés, Le Pen en 2002, les émeutes dans les “zones sensibles” et l’Europe qui patine.

Je ne rentre pas dans les détails du plan de relance (mise à deux fois deux voies de la RN 69 à l’ouest de Moulins, des nouvelles unités pour malades difficiles, la sécurisation des hôpitaux psychiatriques, des cathédrales rénovées, 100.000 logements de solidarité en deux ans…), mais je suis sûr que la crise récemment apparue sera rapidement résorbée, et que nous pourrons retrouver le pays paisible et bienheureux qui était le notre il y a un ou deux ans.

Le gouvernement va apporter les bons remèdes, car il a fait le bon diagnostic.

Gravé dans la roche

Les propositions de Sarkozy pour la réforme de la constitution forment un ensemble d’une extrême cohérence. Depuis un an Sarkozy a accentué dans un sens présidentiel  la pratique de la constitution et les rythmes de la vie politique. A présent, il veut en toute logique inscrire dans la constitution les équilibres qu’il a établis dans la pratique.  En ce sens, cette réforme lui sert en effet de « bilan ».

Je prends pour exemple une mesure proposée par Sa Majesté à la dernière minute, et qui ne sera heureusement pas portée au texte de réforme. Je parle du droit de réponse de l’opposition à  toute intervention présidentielle : dans Le Monde, Sarkozy déclarait : « J’ai lu avec intérêt les suggestions de Jack Lang [...] Je prends l’engagement que des garanties seront apportées pour que l’opposition puisse répondre chaque fois que le président de la République tiendra un propos qui concerne la politique française ».

Offrir à l’opposition un droit de réponse à chaque intervention du président, c’est renforcer la place de celui-ci au centre du débat politique, et banaliser son droit à intervenir à son gré pour dire n’importe quoi (Guy Môquet , ou l’adoption d’une victime de la Shoa). Par ce droit de réponse,  le président pourra organiser  l’ordre du jour des interventions de ses opposants: la parole  présidentielle dictera les thèmes et l’agenda de leurs discours.

Le problème c’est que le président n’est pas responsable devant les électeurs et jouit depuis Chirac d’une véritable immunité :

« Le chef de l’Etat est une autorité chargée de représenter l’ensemble de la nation à l’intérieur mais aussi vis-à-vis des autres pays, en assurant une sorte de permanence et de continuité. [Il] est, pour cette raison, considéré comme irresponsable politiquement, c’est-à-dire qu’il n’existe aucun moyen politique courant de renverser le chef de l’Etat ou de mettre fin à ces pouvoirs »  (source : http://www.conseil-constitutionnel.fr/dossier/quarante/q07.htm)

A revers, et par un enrobage modernisateur, Sarkozy critique cette irresponsabilité politique, que sa « réforme » perpétue à 100%,  pour promouvoir une responsabilité morale face aux électeurs, sur le mode du contrat/résultats. Et Sarko de dire : « Je rappelle qu’à la différence d’un despote, je suis élu [sic] ».  Au nom de cet engagement « moral » (« j’assume le fait que je fixe le cap, parce que les Français m’ont accordé leur confiance ») Sarkozy vise une prépondérance médiatique accrue et un affaiblissement du premier ministre face au président (« Il est normal que celui qui a été élu fixe le cap par rapport à celui qui est nommé »).

La constitution française laisse un peu flou l’équilibre concret entre le président et son premier ministre. Fillon est le chef du gouvernement : selon l’article 20 de la Constitution « le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. il est responsable devant le Parlement. » D’un autre côté, si « le Premier ministre est conçu comme devant diriger l’ensemble du Gouvernement, ce qu’il fait notamment par voie d’instructions», c’est le président qui fixe les grandes lignes du travail gouvernemental. Le chef du gouvernement doit surtout coordonner ce travail et arbitrer « entre les points de vue éventuellement divergents émis par les membres du Gouvernement » (site du Conseil Constitutionnel) .

C’est plutôt cette dimension que retient Sarkozy : « je pense que la fonction de premier ministre dans un pays de 64 millions d’habitants est utile »… Futile même : « Le premier ministre peut soulager le président de la République dans les arbitrages entre ministres, dans la gestion des problèmes du pays et dans la dimension internationale de la fonction » . Je vous laisse méditer « la gestion des problèmes du pays »…

Sarko est extrême-gaulliste. Sa réforme vise à affaiblir le premier ministre en précisant dans un sens présidentialiste la marge floue laissée par la constitution de 1958. Il acquiert ainsi un statut mieux adapté à l’importance qu’il a donnée dans la pratique au rôle politique du président. Tous les autres enjeux du texte sont dérisoires aux yeux de Nicolas Sarkozy.

Montaigne, Sarkozy et les lois.

montaigne-1.jpgDans “De L’expérience”, Michel de Montaigne (1533-1592) critique les peines-plancher de Sarkozy ainsi que sa mauvaise habitude de convertir chaque fait divers en une nouvelle loi. L’idée qu’on puisse libérer la croissance en ajoutant encore 300 lois aux anciennes lui semble pareillement absurde:

Face à l’universelle “diversité et variété” des choses, l’expérience a sa place à côté de la raison comme moyen de connaissance. Ainsi,

“l’opinion de celui-là ne me plait guère, qui pensait par la multitude des lois brider l’autorité des juges, en leur taillant leurs morceaux: il ne sentait point qu’il y a autant de liberté et d’étendue à l’interprétation des lois qu’à leur façon [...]. Car nous avons en France plus de lois que tout le reste du monde ensemble [...] et pourtant nous avons tant laissé à opiner et décider à nos juges, qu’il ne fut jamais liberté si puissante et si licencieuse. Qu’ont gagné nos législateurs à choisir cent mille espèces et faits particuliers, et [à] y attacher cent mille lois ? Ce nombre n’a aucune proportion avec l’infinie diversité des actions humaines [...]. Ajoutez-y cent fois autant: il n’adviendra pas pour autant que, des événements à venir, il s’en trouve [un] qui, en tout ce grand nombre d’événements choisis et enregistrés, en rencontre un auquel il puisse se joindre et apparier si exactement, [sans] qu’il n’y reste quelque circonstance et diversité qui requière diverse considération de jugement. Il y a peu de relation [entre] nos actions, qui sont en perpétuelle mutation, [et] les lois fixes et immobiles. Les plus désirables, ce sont les plus rares, plus simples et générales; et encore crois-je qu’il vaudrait mieux n’en avoir point du tout que de les avoir en tel nombre que nous avons”.

(Montaigne, “De l’Expérience”, Essais, Livre III, Chapitre XIII, coll. Folio n° 291, p 354. Texte très légèrement retouché.)

le Plan banlieues

baby-foot-bonzini-club-rustique.jpgJe n’aime pas faire ça, mais résumons comment le président envisage le Plan banlieues, en une seul phrase du discours (que je n’ai pas lu) prononcé ce vendredi à l’Elysée par Nicolas Sarkozy:

“Pour financer quatre ballons de football, il n’y a pas besoin d’une commission réunissant quinze fonctionnaires.”

La médiocrité d’une telle remarque est désespérante. On lance quelques ballons, les banlieusards adorent le sport. Ou quelques bananes. Effectivement, pas besoin de quinze fonctionnaires. Pas besoin de profs pour les collèges, ni d’argent pour la culture. On leur met quelques ballons, ils s’amusent. Moi plus tard je veux faire Zinedine Zidane.

Page suivante »


Commentaires Récents

Mehdi on A HISTORY OF VIOLENCE
Hell yes, i want wri… on A HISTORY OF VIOLENCE

 

janvier 2012
L Ma Me J V S D
« juin    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.