J’aime bien disserter, mais en ce moment j’ai envie de faire un gros virage à gauche. Seul problème: je ne sais plus comment m’y prendre… tu me diras, c’est pas en allant au PS…
Revenons aux fondamentaux: au-delà des analyses sémiologiques et politiques, dans le réel, Sarko va faire très mal sur deux points:
1. les pauvres seront de plus en plus nombreux, de plus en plus pauvres et de plus en plus isolés. Cela n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec le travail. Le président élu aime bien lier le travail avec la dignité: avec le RMI, t’es un assisté, et personne n’a envie d’être un assisté, alors qu’en gagnant ta vie de la sueur de ton front, mon fils, tu deviens digne et respecté. Maintenant il faut que Sarko aille expliquer cela aux gens réels, comme les 35% de SDF parisiens qui travaillent à plein temps sans pouvoir se loger dignement. Ou aux sans papiers qu’on exploite parce que les lois Sarko ont renforcé leur exclusion de tout droit, histoire de consolider cette armée d’esclaves de réserve. On a pas beaucoup vu Marie-George Buffet durant la campagne: dommage, c’est la seule candidate chez qui j’ai entendu des mots comme “pauvres”, ou “pauvreté”. Sinon, en France, pas de pauvres, vous en avez vu ? Si, les enfants de Donquichotte. Heureusement tout le monde a fait preuve de rigueur: on a soigneusement évité dans les médias l’élargissement de leur thématique à celle de la précarité dans son ensemble. NB: La précarité est cette nouvelle version de la pauvreté, qui échappe aux chiffres. Elle permet d’être pauvre et marginal sans mourir de faim.
2. Le second point sera le renforcement de l’impunité policière, déjà très spectaculaire par rapport à la moyenne européenne. La police fait un travail difficile, et puis l’erreur est humaine. Les flics vont avoir de plus en plus de travail, et vont être de plus en plus humains. Il y a différentes raisons à cela, et des études à mener pour savoir si ce renforcement discrétionnaire de la brutalité policière, déjà commencé et en voie d’amplification, est issu d’une autonomisation du corps policier, ou au contraire de sa plus grande sujétion à des objectifs politiques. Toujours est-il que la violence policière devrait se banaliser à l’avenir. Dans la France de Sarko, y a pas de fumée sans feu: si tu as pris des coups, c’est que t’avais rien à faire ici. Cela n’arrive pas à n’importe qui, et puis on ne peu pas renoncer à poursuivre les racailles sous prétexte qu’il y a des dommages collatéraux dans le corps social. Tout de même. J’imagine avec crainte une opinion de moins en moins réactive aux abus policiers, un peu comme un peuple prêt à des sacrifices parce que c’est la guerre (donc c’est soit eux, soit nous). De plus, le discours d’accompagnement est déjà prêt: il ne faut plus s’insurger contre une police indigne des valeurs et de la légalité républicaines, parce que A/ la France, tu l’aimes ou tu la quittes, B/ La repentance est une forme de haine de soi, C/ Mai 68 ayant conduit au chaos, il faut arrêter d’emmerder les flics, qui font tout pour nous protéger.
Voila une nouvelle affaire, pour ceux qui auraient encore envie de l’ouvrir.
j’ai lu ça ce matin, à croire que l’arrivée au pouvoir de Sarko a fait passer les flics dans une dimension tout autre. L’impunité de laquelle ils font preuve devrait suffire à faire tilter tout le monde, au delà de son projet de société. Enfin si le monde était parfait…
je n’arrive que maintenant, mais je ne suis pas sûre qu’il n’y aura pas de réaction. En effet, les flics ne se sentent plus et s’en prennent effectivement à tout le monde. La population “racailleuse” est de plus en plus importante en pourcentage (j’appelle “racailleuse” quiconque mérite d’être embarqué au poste, selon les critères du syndicat Alliance), y compris des gens, jeunes et moins jeunes, qui n’en avaient pas l’habitude!
Dans le même temps, les peines s’alourdissent (contrairement à ce que sarko veut nous faire croire avec son “indulgence des juges”). C’est arrivé à des gens dont je suis très proche, et j’ai pu constater que ce n’était pas si rare que ça. C’est juste que les gens ont parfois honte et n’en parlent que si quelqu’un d’autre commence à en parler. J’ai bon espoir que les français, qui ont souvent eu une attitude frondeuse par rapport aux forces de l’ordre, se ressaisissent, surtout si c’est le petit dernier de la famille qui fait les frais des arrestations arbitraires…j’espère ne pas me tromper.
salut le poisson zebre,
à vrai dire, je ne faisais qu’exprimer une inquiétude. Je ne me risque pas au pronostic car l’année politique qui se profile est très ouverte, avec une france anti sarko mobilisée, un nouvel élan d’activisme politique qui s’est propagé dans différentes parties de la population depuis 2002, à travers l’anti 21-avril, la résistance des lycées, des facs, les enfants de donquichotte… la société est fortement politisée et la participation électorale n’est que la surface de l’iceberg. En plus, et c’est la nouveauté, une France de droite, un peuple de droite décomplexé, suscité par Sarkozy, et certainement prêt à descendre à son tour dans la rue… et de plus en plus de flics ? je n’ai pas encore de chiffes sur ce point.
je pense qu’il y aura, et il y a déjà, des réactions à la violence policière, d’abord parce que les français aiment la liberté, ensuite parce qu’ils estiment qu’entre la rue et le pouvoir de l’hémicycle, la rue peut à bon droit prétendre avoir le dernier mot.
Mais il y a de nombreux points d’inquiétude:
- inertie de la police quand il s’agit de recevoir des plaintes contre elle-même. intouchable.
- mais aussi banalisation de la brutalité policière par les victimes elle-mêmes puisque dans pas mal d’endroits, la violence est le mode de rapport “normal” et quotidien entre police et population.
- à ce sujet, les médias renvoient constamment l’image d’une police en situation de conflit violent avec son environnement, comme pour créer une assimilation fallacieuse entre police et violence consubstantielle au métier. Nous sommes alors pris dans un piège, puisqu’en dénonçant la violence policière, nous confirmons involontairement cette “équation police=violence”, que la droite voudrait nous voir définitivement assimiler
- les policiers le disent eux-mêmes: certaines méthodes de contrôle sont aujourd’hui acceptées avec passivité par la population, alors qu’elles auraient provoqué une vive résistance il y a quinze ans
- dictature du chiffre et baisse de la qualité de formation des policiers, climat de peur chez les policiers qui se sentent en guerre contre la population,
- de plus, la justice risque de voir ses pouvoirs affaiblis, tout comme les moyens de contrôle sur le travail des flics, la brutalité policière se prolongeant par une justice à la chaine, prenant le chemin d’un simple auxiliaire administratif destiné à valider le travail de la police au niveau pénal. ce serait un cauchemar, mais c’est une direction possible
- la mainmise des réseaux proches du président sur les médias de confirme de jour en jour. Là, le cauchemar est déjà réalité. Il me semble que sur l’activité policière, la tradition discrétionnaire a de beaux jours devant elle.
- enfin, et c’est un peu la suite de ta remarque sur la honte des victimes, il est difficile pour une victime, voire un groupe de victimes, de dépasser l’individualité de leur cas pour mettre en place une démarche collective qui viendrait poser le problème de la violence policière au niveau de l’opinion, et à l’échelle nationale: il faut beaucoup de courage pour surmonter le traumatisme que provoque cette violence, pour surmonter les obstacles qu’on dresse pour vous empêcher d’obtenir justice. C’est long, difficile et douloureux et pas mal de personnes souhaitent oublier le plus vite possible pour passer à autre chose (comment leur en vouloir ?). Et il faudrait encore, pour que cette brutalité apparaisse comme un vrai problème d’ensemble et non comme une somme de “cas” d’individus malchanceux, que nos victimes trouvent des journalistes attentifs et une opposition politique courageuse.
voila pourquoi j’exprimait cette crainte d’une opinion de moins en moins réactive aux abus policiers
j’ai bien peur d’être d’accord avec tout…. J’aurais bien aimé élever mon fils dans une attitude neutre vis-à-vis des forces de l’ordre en général, mais je ne sais pas si ça ne va pas transparaître…Nous verrons, comme tu dis.
Je ne sais pas qui vous êtes, je suis tombé sur vous en cherchant une image de Marianne pour un article de mon blog. Quoi qu’il en soit, j’apprécie. Et je vous invite à venir me rendre visite sur mon site.
Plus on est de fous…