Grands bourgeois et boules puantes

De retour de Megève. Village dont la prospérité carton-pâte débute dans les années vingt à l’initiative d’Edmond de Rotschild. Aujourd’hui, Megène compte autant de panneaux propriété privée que d’habitants en pleine saison. On a l’impression d’être soi même une propriété privée à la fin. Une drôle de manie.

resume.jpg

Ma pote Laure fait la saison dans les cuisines du restaurant d’un quatre étoiles: les Fermes de Marie. Très cher, mais rustique, très naturel, très simple. La mode, c’est de payer cher pour des choses simples. Laure perçoit pour son travail un salaire mensuel équivalent au prix d’un repas pour trois personnes, genre 900e. Il y a 100 couverts. Pour relancer la croissance, je propose la mise en place de commissaires du peuple chargés d’inspecter les lieux de villégiature de luxe, stations, hôtels etc, avec pleins pouvoirs: régularisation immédiate des sans-papiers qui y travaillent au black, triplement des salaires des employés, ça relance le pouvoir d’achat sans changer grand chose aux comptes des patrons, qui de toute façon achètent des bagnoles allemandes, et naturellement prime systématique d’intéressement aux bénéfs. Le luxe est l’industrie où les écarts de salaires sont les moins légitimes: le travail très faiblement rémunéré des employés est vendu très très cher aux clients.

En été, des rafales de mannequins habillés Benetton s’extasient devant les mannequins Prada, de l’autre côté de la vitrine. On va refaire sa garde rode. En hiver, compétition de fourrures. En montagne, le temps change vite, c’est pourquoi 100% des croulants de 30 à 70 ans sont équipés d’un pull bleu marine jeté sur leurs épaules. C’est très monotone (voir fiche technique). Pour améliorer l’image de Megève, je suggère au maire, Gérard Morand, en poste depuis 1977, d’installer des diffuseurs de Hip-Hop pour faire fuir les riches les plus récalcitrants, qui bloquent les accès aux vitrines des boutiques.

Quant à Martin Hirsh, sa réaction à l’affaire d’Argenteuil me semble un peu timide. La réinsertion des SDF est un problème technique qui demande du fric, des personnes, des moyens humains, du temps, de la patience etc. le genre de choses que le gouvernement ne lâchera pas: avec le paquet fiscal, il s’est créé une super excuse pour dire “désolé nos poches sont vides pendant 5 ans”. Pour ce qui est du temps et de la patience, rien de plus contraire à son volontarisme médiatique qui constitue une véritable prédisposition à louper la complexité des problèmes.

Dignité. Comment imaginer des initiatives visant à exclure les SDF de certaines zones, mais qui respecteraient leur “dignité”, selon le commentaire de Christine Boutin ? Il me semble qu’il s’agit de la réintroduction d’un droit de cité. Ce n’est pas le moyen employé, mais la fin, qui porte atteinte à leur dignité: cette idée que contrairement aux autres citoyens, les SDF n’ont pas le droit de partager l’espace de la cité mais doivent en être exclus. En amont, on accepte tranquillement que de plus en plus de gens vivent sans logement et dans la pauvreté (12% des familles d’IDF vivent sous le seuil de pauvreté). En aval, on joue les âmes sensibles quand un maire veut chasser ses pauvres à coup de boules puantes. Et on parle pudiquement d’une dignité que les SDF perdent vingt fois par jour, au lieu de leur construire des logements.

1 Réponse vers “Grands bourgeois et boules puantes”


  1. 1 Berlin Belleville septembre 3, 2007 à 2:04

    Curieuse façon de voir le monde que cette privatisation de plus en plus croissante de l’espace public chez les “riches” alors que chez les “pauvres” on assite à une invasion publique dans le territoire privé (expulsions, police dans les HLM etc.)


Laisser un commentaire




Commentaires récents

rahanulk sur Société Maréchal
Bontes sur Société Maréchal

 

août 2007
L Ma Me J V S D
« juil   sept »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031